La santé des gens du voyage en Poitou-Charentes


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La population des gens du voyage reste, encore aujourd’hui, à l’écart de la prévention et des soins. Leur espérance de vie est de 15 années inférieure à la moyenne de la population générale. Les maladies cardiovasculaires, cancéreuses et métaboliques restent très nombreuses. En Poitou-Charentes, il est apparu nécessaire d’analyser cette problématique. C’est pourquoi l’Agence Régionale de la Santé Poitou-Charentes (ARS)  a financé l’Instance Régionale d’Education pour la Santé Poitou-Charentes (IREPS) pour mener un diagnostic qualitatif portant sur les pratiques professionnelles d’accompagnement à la santé des gens du voyage.

Celles-ci constituent l’un des déterminants de la santé des gens du voyage mais la méthodologie de l’enquête a privilégié une approche globale de la santé de ces derniers.

Ce diagnostic qualitatif a été doublement innovant :

1. Il s’intéresse à une population négligée,

2. Il vise la réduction des inégalités sociales de santé en intégrant les facteurs sociaux, environnementaux et politiques qui conditionnent la santé des gens du voyage.

Le diagnostic qualitatif sur la santé des gens du voyage a permis de mettre en évidence que l’évolution des pratiques professionnelles d’accompagnement à la santé des gens du voyage était nécessaire. Mais il a aussi souligné que d’autres déterminants de la santé des voyageurs pouvaient être des leviers :

  1. Déterminants politiques (par exemple, des politiques nationales et régionales telles que le Plan Pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale 2013),
  2. Déterminants environnementaux (par exemple des aménagements collectifs sur les lieux de vie des gens du voyage),
  3. Déterminants liés au cadre professionnel (par exemple, des structures dédiées, des partenariats intersectoriels)
  4. Déterminants liés aux spécificités des gens du voyage (par exemple, le repérage des référents familiaux de la communauté),
  5. Déterminants liés à l’offre de santé (par exemple, une relation de proximité : aller chez plutôt qu’aller vers, une prévention adaptée au mode de vie des gens du voyage).

PRÉCONISATIONS :

Celles-ci ont été définies de manière collaborative lors d’une réunion régionale :

  1. L’évolution des pratiques professionnelles via le développement de structures « dédiées » porteuses de valeurs spécifiques donnant sens à l’accompagnement à la santé des gens du voyage, via aussi le développement de collaborations multipartenariales, la mise en place de temps de réflexion sur la santé collectifs… ;
  2. La promotion d’une autre perception de la santé : une santé perçue comme une ressource permettant bien-être physique, mental et social et une santé prenant en compte les facteurs qui l’influencent à savoir le cadre politique, l’habitat, l’environnement familial et social et les aptitudes des gens du voyage concernant leur propre santé… ;
  3. L’amélioration du cadre institutionnel avec l’harmonisation des schémas départementaux d’accueil des gens du voyage, l’intégration d’objectifs d’amélioration de la santé des gens du voyage dans les schémas départementaux, l’amélioration de la visibilité du co-pilotage des schémas mais aussi l’intégration de représentants de la santé publique dans la définition des schémas, la mobilisation et la sensibilisation des élus qui gèrent des aires d’accueil sur leurs communes…. ;
  4. L’amélioration de l’offre de santé avec le développement de la médiation sanitaire, le développement des déplacements des professionnels de santé sur les aires d’accueil et leur sensibilisation à la culture et au mode de vie des gens du voyage, la multiplication des conventions avec les hôpitaux pour l’accueil des gens du voyage… ;
  5. L’amélioration de l’environnement avec l’aménagement des aires d’accueil (eau, électricité et gestion des déchets) avec des espaces collectifs pour favoriser les activités communautaires et/ou des permanences santé, un accès à des transports collectifs pour les aires isolées… ;
  6. La prise en compte des spécificités des gens du voyage avec une approche respectueuse de leur mode de vie, la mobilisation des référents familiaux de la communauté, une intensification de la lutte contre l’illettrisme et des actions santé s’appuyant, d’abord, sur la participation des enfants et des mamans…

 

Si l’évolution des pratiques professionnelles autour des enjeux de santé est un des leviers possibles pour l’amélioration de l’état de la santé des gens du voyage, elle doit s’inscrire dans une logique de promotion de la santé en intégrant les déterminants politiques, sociaux et environnementaux qui conditionnent leur santé. C’est à cette condition que les inégalités sociales d’espérance de vie et de santé des gens du voyage seront diminuées.

Pour consulter l’étude, cliquer sur le lien suivant

Source photo andrea floris